Le Rhum, jusqu’à la ligne

Reporters du large · novembre 25, 2018 · Route du Rhum 2018 · 13 commentaires

Un tsunami émotionnel ! Ceux qui sont arrivés, et quel qu’en soit le prix, n’en disent rien d’autre. Le Rhum ça brule quand on l’avale, mais il n’en reste que l’ivresse.  En franchissant la ligne d’arrivée de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe en 12èmeposition ce dimanche matin à 10h09mn42s (HF) à bord de l’IMOCA Newrest – Art & Fenêtres, privé de son bout-dehors et donc de ses voiles de portant, au terme d’un tour de l’île à la hauteur de sa course difficile, Fabrice Amedeo, exténué, a bouclé une transat en solitaire face à lui-même qui restera tatouée dans sa mémoire. Ce qu’il en retiendra forgera pour toujours l’homme et le marin.

 

Un rhum bien tassé

« J’ai fait un super départ, je me rappelle être avec SMA juste derrière moi et Hugo Boss sous mon vent. J’étais heureux de partir, je n’avais pas de pression particulière, pas d’appréhension, j’étais vraiment heureux de participer à cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Une première nuit super, avec un bon rythme, j’étais avec les bons : sortie de Manche expresse, le bateau qui foile, qui va vite, et moi qui était vraiment bien en phase avec la machine. Le lundi un petit coup d’arrêt avec ce talweg à franchir au sud de Brest, qui a un petit peu arrêté tout le monde, mais certains plus que d’autres, et je fais partie de ceux qui ont été pas mal pénalisés, parce que j’ai pris un peu le système à l’envers. Ensuite une descente rapide dans le golfe de Gascogne et l’arrivée du gros morceau qui est cette dépression qui commence bâbord amure vers l’ouest avec 40 nœuds au près. J’avais trouvé un bon réglage, le bateau ne souffrait pas trop, ne tapait pas trop, tout allait bien. J’envoie tribord amure derrière quand la traine arrive et que ça part vers le sud, et là ça monte à 45 nœuds. J’étais bien, je dirais presque un peu contemplatif. Ça a un côté fascinant en fait ces images de tempête et d’océan déchainé. Et puis, malheureusement, je découvre ce bout-dehors cassé. Je me dis voilà, ça ne veut pas passer, et bien il faut faire demi-tour, c’est l’océan qui t’envoie un signal fort. Et là, je pense à tous ceux qui me font confiance, je pense à ma femme et mes enfants, tous ceux qui croient en moi, et puis aussi en ce principe que j’ai toujours mis en avant qui est de terminer les courses avant de passer à quoi que ce soit d’autre, et donc je décide de repartir et de continuer jusqu’à Lisbonne. Je retrouve mon équipe à Cascais qui fait un super boulot pendant 3 jours pour réparer la coque qui avait eu des impacts et refaire un bout-dehors, et je repars plutôt remonté à bloc avec seulement 400 milles de retard sur la queue du peloton, donc c’est jouable : ça démarre bien, j’étais de nouveau en phase »

 

 

Le bout du bout

« Et puis voilà, le bout-dehors qui recasse deux jours après ce nouveau départ. Alors que l’on va entrer dans la partie du parcours qui comporte le plus de portant, c’est la course qui s’écroule.

Je décide de continuer, parce que là, ça n’a plus aucun sens de faire demi-tour, il faut aller au bout c’est sûr. Il faut maintenant faire la course, sans la course : je suis seul dans mon coin sans concurrent à proximité, je ne vais pas vite et je dois subir les éléments. En début de semaine, quand les hautes pressions descendent, je n’ai pas assez de vitesse pour plonger dans le sud et je suis obligé d’attendre qu’elles me passent dessus, pour ensuite récupérer le vent d’une dépression et pouvoir enfin faire de l’ouest. Voilà, donc après ça ressemble un peu à une transat hors sol, une transat chemin de croix, même si j’essaye de regarder le positif : je passe du temps avec ma machine.

Ce que j’ai appris sur mon bateau, c’est ce que je pensais : ce foiler est diabolique, il a un énorme potentiel de vitesse, et je vais avoir beaucoup de travail pour me hisser au niveau de cette machine d’ici le Vendée Globe. C’est un bateau très exigeant qui n’avait pas forcément été préparé pour les challenges qui sont les miens car nous avions décidé de ne pas faire de modification avant le Rhum, donc il y a un gros travail à faire pour cela, et le vrai défi ça va être de gérer cela dans les deux prochaines années.

Ce que j’ai appris sur moi, c’est que je suis toujours aussi heureux d’être en mer, même si ça a été par certains côtés une vraie souffrance mentale, et que j’ai eu un peu de mal à profiter des milles et à être en mode méditatif dans le faux rythme de cette course qui n’en était plus vraiment une. Je vais faire tout mon possible pour que ce genre de situation ne se reproduise pas, et ça va passer par le travail. »

 

Toujours en mer

 » Au moment où je termine cette Route du Rhum, j’ai une pensée pour tous ceux qui l’on faite, ceux qui sont arrivés, ceux qui sont encore en mer et ceux qui n’ont pas pu finir. J’ai juste envie de dire un mot pour Alex Thomson parce qu’il a absolument éclaboussé tout le monde de son talent et de sa supériorité. Bien évidemment Paul a hyper bien navigué et je lui adresse un grand bravo, mais c’est vrai qu’il y a une grande tristesse pour Alex qui allait cherche sa première grande victoire en IMOCA et qui était vraiment un gros gros cran au-dessus de tout le monde. Y compris des grands champions que sont Paul Meilhat, Yann Elies et Vincent Riou. Oui, je suis très déçu pour lui. Je trouve qu’il méritait, c’était sa course. Mais bon c’est comme ça, la Route du Rhum cette année réservait des surprises…

 

Pour moi, c’était la troisième fois que je faisais cette transat, et ça ne s’est pas exactement passé comme prévu. Je ne sais pas quand est-ce que s’arrêtera mon histoire avec la Route du Rhum, mais c’est évident qu’en tous cas elle ne peut pas s’arrêter là-dessus, même si on est allé au bout, et ça c’est très important et c’est une grande satisfaction personnelle d’être allé au bout.

Il faudra que je sois là, au départ en 2022, avec un bout-dehors costaud et un beau bateau. »

13 Comments:
  1. 👏👏👏👌

    Laurence CH · novembre 25, 2018
  2. Super Fabrice, on attend la suite avec beaucoup d’impatience….

    Desgabriel · novembre 25, 2018
  3. Bravo pour votre ténacité ‘fêtez bien votre arrivée et à bientôt pour d’autres aventures

    patricia cauret · novembre 25, 2018
  4. 👏👏👏 Champion… toutes mes félicitations…

    Nicole Delhumeau · novembre 25, 2018
  5. Bravo Fabrice !
    Même si ce n’est pas ce que vous esperiez, vous avez fait un très bon score vu l’handicap de votre bateau !

    Denis · novembre 25, 2018
  6. BRAVO, jour après jour j’ai suivi votre périple, il y a toujours du positif lorsqu’on donne le meilleur de soi-même, votre ténacité et courage sont un exemple à suivre, RDV pour votre prochain défi

    Marina, une Segréenne Angevine · novembre 25, 2018
  7. Bravo Fabrice👏👏👏, belle démonstration de votre ténacité ! Face à ces difficultés, vous nous avez offert par votre persévérance, une traversée dont vous pouvez être fier ! Très prometteur…

    Virginie D · novembre 25, 2018
  8. Bravo, bravo, bravo Fabrice. Tu as été formidable …. savoure ces instants de bonheur. Suis super heureux pour toi…..

    Sylvain · novembre 25, 2018
  9. Bonjour Fabrice,
    Il est évident que la performance compte, mais depuis que je suis les courses au large, j’avoue avoir un grand respect, aussi, pour ceux qui vont au bout, qui font tous pour faire la course en entier, qui font tous pour réussir, comme Thomas Coville, parce qu’en dehors de la performance « poduim » il y a la performance de réparer et d’aller au bout, de tous faire pour finir la course, et surtout d’en tirer du positif, malgré tous pour améliorer la bateau, le skipper… Afin d’être meilleur pour le Vendée Globe et surtout d’un autre côté démontré à nous autre qui restons à terre que tout est possible, que si on le veux on peut mener à bien nos envies, nos projets. Honnêtement j’envie votre envie, votre volonté d’aller au bout, vous êtes un exemple, moi qui n’arrive pas à tenir mes propres décisions ! J’aimerai avoir votre volonté. Merci pour votre partage. Votre « positisme », et d’un autre côté j’aurai été déçu si vous aviez abandonné, parce que je voulais et désirais que vous alliez au bout. J’avais les larmes aux yeux quasiment à chacune de vos vidéos par le plaisir, la navigation malgré les déboires de cette route de rhum. Et malgré la joie de votre arrivée j’ai un pincement au cœur à nouveau car il n’y aura plus de mot ou de vidéo au jour le jour.
    Ça ne m’empêchera pas de vous souhaiter une bonne fin d’année, de bonnes fêtes avec votre famille, beaucoup de joie, de bonheur de partage en attendant vos prochains préparatifs et vos prochaines courses.
    Je vous embrasses.
    Amicalement……

    Laetitia · novembre 25, 2018
  10. bravo comme toujours vous n’avez rien lâché ! je suivrais les prochaines courses avec autant de plaisir. félicitations

    chantal · novembre 26, 2018
  11. Bonjour Fabrice, Bravo et félicitations pour cette belle leçon que tu nous donnes ! La volonté, le mental sont tout aussi précieux que le vent sur une course !
    Nous t’avons suivi avec beaucoup de plaisir, merci pour tes petits mots, tes vidéos ! Tu nous as fait rêvé ! Un grand merci.
    Nous te souhaitons maintenant un bon repos en famille et à bientôt.
    On t’embrasse
    Martine, Vincent et l’équipe Art & Fenêtres des Yvelines !

    Martine · novembre 26, 2018
  12. Encore bravo Fabrice
    Raynal et Martine

    Martine · novembre 26, 2018
  13. je suis hyper fier de ce que tu as fait.
    Quelle ténacité !!!
    Tu portes le drapeau Art et Fenêtres très très haut
    A très bientôt

    ettienne marc · novembre 27, 2018

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